
Au printemps 2026, l’Autorité des marchés publics a déposé un rapport très attendu sur les contrats liés aux projets de transformation numérique des organismes publics québécois. Le diagnostic est sévère : lacunes de gouvernance, encadrement insuffisant, expertise interne fragile et reddition de comptes incomplète — autant de facteurs qui, selon l’Autorité, contribuent directement aux dépassements de coûts et d’échéanciers qui font régulièrement les manchettes.
Si vous êtes fournisseur de services TI, consultant ou gestionnaire dans un organisme public, ce rapport de l’AMP vous concerne directement. Chez Dempton, nous évoluons quotidiennement dans les mandats publics et les processus SEAO ; voici notre lecture de ce qu’il faut en retenir, et de ce qui risque de changer dans les prochains mois pour tous ceux qui gravitent autour des projets numériques de l’État.
L’Autorité des marchés publics est l’organisme de surveillance des contrats publics au Québec. Son mandat couvre l’intégrité des processus d’adjudication et d’attribution, mais aussi, depuis l’élargissement progressif de ses pouvoirs, la performance des pratiques contractuelles des organismes publics. Les projets numériques constituaient une cible évidente : ils représentent des investissements considérables, et plusieurs d’entre eux ont défrayé la chronique pour leurs dérapages de coûts ou de calendrier.
Le gouvernement du Québec mène en parallèle un portefeuille de dizaines de projets prioritaires en transformation numérique — des fondations technologiques communes jusqu’aux systèmes de mission des ministères et organismes. L’ampleur de ces chantiers, combinée à la dépendance de l’État envers des ressources externes pour les réaliser, plaçait la question de la gouvernance contractuelle au cœur des préoccupations. La veille de l’AMP a porté précisément sur la façon dont ces contrats sont octroyés et exécutés.
Le résultat : une vingtaine de constats et une série de recommandations adressées au gouvernement, rendus publics au printemps 2026. C’est l’un des examens les plus complets des pratiques numériques publiques des dernières années.
Le rapport pointe d’abord des lacunes de gouvernance : les responsabilités entourant les grands projets numériques sont réparties entre plusieurs acteurs centraux et sectoriels, ce qui dilue l’imputabilité. Quand un projet dérape, il est difficile d’identifier qui devait voir venir le problème — et qui devait agir. L’Autorité recommande d’ailleurs de repositionner la gouvernance centrale des projets numériques au sein du Secrétariat du Conseil du trésor et de renforcer le rôle-conseil du ministère de la Cybersécurité et du Numérique auprès des organismes.
Le rapport souligne ensuite la fragilité de l’expertise interne. Les organismes publics peinent à recruter et à retenir les profils TI capables de piloter des projets complexes et d’encadrer les fournisseurs. Cette dépendance envers l’externe n’est pas un mal en soi — aucune organisation ne peut tout internaliser —, mais sans une capacité interne suffisante pour définir les besoins, évaluer les livrables et challenger les fournisseurs, l’organisme public se retrouve en position de faiblesse dans ses propres projets.
Enfin, l’Autorité relève des faiblesses dans la reddition de comptes : suivi incomplet des coûts et des échéanciers, information de gestion inégale, difficultés à mesurer la valeur réellement livrée. Soyons honnêtes : quiconque a travaillé sur de grands projets publics reconnaîtra des situations vécues. Le mérite du rapport est de les documenter systématiquement plutôt que de les traiter comme des anecdotes.
Première conséquence prévisible : un resserrement de l’encadrement contractuel. Les organismes publics seront invités à mieux définir leurs besoins avant d’aller en appel d’offres, à découper les projets en phases plus contrôlables et à documenter plus rigoureusement l’exécution des contrats. Pour les fournisseurs sérieux, c’est une bonne nouvelle : des besoins mieux définis signifient des soumissions plus justes et moins de zones grises en cours de mandat.
Deuxième conséquence : une attention accrue à la qualité réelle des ressources proposées. Quand la gouvernance se resserre, les donneurs d’ordre scrutent davantage les curriculum vitæ, vérifient les références et suivent la performance des consultants en cours de mandat. Les firmes qui présentent des candidatures rigoureuses et qui accompagnent leurs consultants pendant toute la durée du mandat en sortiront gagnantes ; celles qui pratiquent le placement à volume auront la vie plus dure.
Troisième conséquence, plus structurelle : le renforcement de l’expertise interne de l’État passera aussi par du transfert de connaissances. Les appels d’offres publics intègrent de plus en plus d’exigences de transfert vers les équipes internes. Les consultants capables non seulement de livrer, mais aussi de former et d’outiller les équipes du client, répondent exactement à ce que le rapport appelle de ses vœux.
Pour les fournisseurs, la préparation commence par la rigueur documentaire. Assurez-vous que vos processus internes — qualification des candidatures, suivi de mandat, gestion des livrables — résisteraient à un examen serré. Les certifications de qualité et les autorisations de contracter en règle ne sont plus des différenciateurs : ce sont des préalables. Ce qui différencie, c’est la capacité démontrée à livrer dans le cadre public, avec ses règles particulières.
Pour les consultants, le message est tout aussi clair : les mandats publics de demain valoriseront les profils qui comprennent la gouvernance de projet, la gestion contractuelle publique et la documentation rigoureuse, en plus de leur expertise technique. Si vous avez déjà travaillé dans des contextes encadrés — audits, redditions de comptes, comités de gouvernance —, mettez cette expérience en évidence dans votre profil : elle vaut de l’or dans le contexte actuel.
Pour les organismes publics enfin, le rapport confirme ce que plusieurs gestionnaires savaient déjà : le succès d’un projet numérique se joue autant dans la définition du besoin et l’encadrement du contrat que dans la technologie choisie. S’entourer de partenaires qui acceptent cette rigueur — plutôt que de la subir — fait partie de la solution.
On pourrait lire ce rapport comme une critique des fournisseurs TI. Ce serait une erreur : l’Autorité vise d’abord les mécanismes de gouvernance de l’État, pas les firmes qui exécutent les mandats. Mais tout l’écosystème est concerné, parce qu’un encadrement plus rigoureux change la manière dont les contrats se gagnent et se livrent. Les acteurs qui misaient sur les zones grises y perdront ; ceux qui ont bâti leur pratique sur la rigueur et la transparence y gagneront.
Chez Dempton, nous travaillons dans les processus et les mandats publics depuis des années, et nous accueillons ce resserrement sans inquiétude : c’est le terrain de jeu que nous connaissons. Si votre organisation prépare un projet numérique, ou si vous êtes consultant et souhaitez évoluer dans des mandats publics bien encadrés, échangeons. Créer de la valeur, ensemble — surtout quand les règles du jeu se précisent.